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Action restreinte n° 8, S'en tenir à l'impossible
2nd semestre 2006

 

 

Sommaire

01 Édito, Mathias Lavin
02 Ouverture, Mathias Lavin, Aurélie Soulatges & Isabelle Zribi
07 Gate of India (extrait), Fernand Combet
12 C’est là, dans les vases..., Dominique Quélen
18 Le présent (un extrait), Arno Calleja
30 En finir, Aurélie Soulatges
33 À l’arraché, Isabelle Garron
37 Non, Éric Arlix
43 Tous les soirs de ma vie, je les ai passés à la fenêtre, Isabelle Zribi
58 Utopie de la vie exacte – origine, Robert Musil (trad. Amélie Lavin & Ralph Böhlke)
64 Hush, hush, hush, Valérie Meyer
70 Chavira, Florence Pazzottu
77 Fragments, Mathias Lavin
82 V. apostose, Maria Gabriela Llansol (trad. Guida Marquès)
96 Ont participé à ce numéro

 

Ouverture
Mathias Lavin, Aurélie Soulatges & Isabelle Zribi

Soyons clairs. Il s’agit d’une déclaration de guerre. Une déclaration de guerre contre le possible tel qu’il est partout désigné et tel qu’il nous enferme : possible étriqué du petit roman réaliste aussi plomb-plomb que plombant, auquel devraient ressembler nos vies. Famille travail Shopi1. Déclaration de guerre contre le discours qui voudrait nous persuader qu’il ne faut pas s’accrocher à de l’impossible, qu’il ne faut pas faire les malins, ne pas vouloir autre chose que ce qui est, qui nous rappelle que l’on pourrait être moins bien lotis, qu’il ne faut pas cracher dans la soupe, que ce n’est pas si mal, qu’il faut se contenter de ce que l’on a. L’impossible apparaît alors comme une voie toujours nouvelle, aux contours mal tracés, flous, indéfinis, ou encore comme une branche à laquelle se raccrocher et se tenir.

S’en tenir à l’impossible « parce que c’est dans l’impossible que se trouve la réalité », pourrions-nous affirmer de façon lapidaire avec Clarice Lispector2. Et plutôt que la réalité, le réel, car le réel ne se trouve pas à chaque coin de rue arpentée par Christine Angot, et qu’il nous échappe dès que l’on tente de le saisir. La fiction constitue un filet, un piège, une manière parmi les plus efficaces de tenter de l’approcher. Plus que cela, la fiction paraît être le lieu où l’impossible peut prendre toute son ampleur. Si l’on cite souvent Bataille en tant que penseur du réel comme impossible, dans une affinité avec l’extase, et une expérience de la vie approuvée jusque dans la mort, on oublie trop souvent la place qu’il octroie à la fiction : « un compromis a toujours plus de sens pour la vie que pour la pensée, j’admets, vivant, d’avoir reculé devant l’horreur, mais ma pensée, du moins, veut aller jusqu’au bout d’un chemin où je n’eus pas la force de m’engager tout entier. Par-delà l’expérience, il est nécessaire à cette fin de s’en remettre à la fiction. »3

Avec un tel choix, nous voulons marquer la continuité de notre entreprise depuis notre livraison inaugurale intitulée « l’autre inhumain » – où nous annoncions comme pétition de principe de faire droit à la dimension d’irréductible inhumanité qui habite la parole. C’est de cette tension paradoxale, de cet écart entre l’homme parlant et l’homme vivant, que se nourrit le mouvement même de l’écriture dont l’horizon est impossible, et même, peut-on préciser, est l’impossible. Cet écart ne peut que rester irrésolu si l’on ne veut pas s’amputer d’une dimension fondamentale. Et c’est en portant témoignage de cet impossible que la littérature s’écarte du ronronnement quotidien (placez ici le ou les nom(s) que vous aimez détester), qu’elle trouve sa raison d’être – hors de la raison.

S’en tenir à l’impossible pour se porter « à l’extrême du possible ». L’impossible est distinct de l’utopie. Certes, la dévastation capitaliste, le triomphe du cynisme inégalitaire, le racisme revendiqué comme valeur, bref tout ce qui s’affiche partout de manière décomplexée, peut inciter à chercher un autre lieu habitable, voire à réhabiliter un équivalent du paradis jouant le rôle d’horizon critique et éventuellement compensateur. Ainsi, la proposition utopique pourrait contenir un pouvoir de provocation salutaire, ou tout au moins de stimulation. Enfin, il est souvent tentant de considérer les bibliothèques, certains lieux d’exposition ou de projection, comme des territoires libérés qui exprimeraient la condamnation silencieuse de ce qui existe bruyamment à l’extérieur. Mais notre travail n’est pas chimérique, il ne formule pas de paradis, fut-il artificiel, mais vise au contraire le paradit. Ainsi, il ne procure nulle compensation (ce qui ne veut pas dire qu’il reste sans plaisir) et ne se contente pas de la seule critique (ce qui ne signifie pas qu’il en soit dépourvu) : il signale un travail, ici désigné comme travail de l’écriture, qui cherche à faire reculer les limites du possible, en visant une transformation, restreinte certes, mais bien réelle.

« S’en tenir à l’impossible » revient, néanmoins, à définir d’emblée comme irréalisable l’enjeu que l’on s’est fixé. Pour peu que l’on se laisse aller à baisser les bras face à des prétentions jugées trop élevées, il ne reste plus qu’à se résoudre à l’inaction et à la désespérance, puis à décréter, à l’instar de Descartes, qu’il est préférable de « changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde ».
En faisant le pari de « s’en tenir à l’impossible », on admet la contradiction intrinsèque de la formule et, par-là même, l’antinomie entre un état de réalité décevant et des désirs infinis, soutenus par une volonté de transgresser cette limite. En cela, à cause de cette inadéquation au monde admise et revendiquée comme telle, la proposition de « s’en tenir à l’impossible » s’annonce comme une idée romantique.

Si l’on passe de la lettre au son, du texte à l’oreille, la phrase « s’en tenir à l’impossible » se complique : elle crée une scission immédiate, un déchirement de sens. S’en tenir à l’impossible se métamorphose alors en sans tenir à l’impossible, et l’esprit hésite entre l’enthousiasme et la déception devant chacune de ces affirmations.
Mais qu’est-ce que l’impossible ? Au sein de cette notion cohabitent deux idées qui se combattent et qui, selon le point de vue que l’on adopte, révèlent l’impossible comme positif ou négatif, idéal ou exécrable. Car si l’impossible désigne tout ce qui est inatteignable parce que trop élevé, il peut tout aussi bien représenter l’inacceptable (ce qu’il est impossible d’admettre, de tolérer).
Que dire également de la construction même – qui prend quasiment figure d’oxymore – de l’expression « s’en tenir à l’impossible » ? Si l’on admet que l’impossible est, quoi qu’il en soit, inaccessible, pourquoi et comment s’y tenir, c’est-à-dire en rester là ?
Avec le jeu des contraires ainsi décelé, les propositions « s’en tenir à l’impossible » ou « sans tenir à l’impossible » prennent une valeur polysémique, empreinte d’un certain flou et d’une fluctuation dans le parti à prendre.
Cette opposition semble être à l’origine de toute action, toute pensée humaine, agissant comme un moteur, mais aussi parfois comme un frein, en fonction de la volonté qui donne son premier mouvement aux tâches à exécuter, aux décisions à prendre, etc.
Que l’on se réfère aux « deux bonshommes » de Flaubert, l’un réaliste, l’autre romantique, qui lui faisaient en quelque sorte office de muses, ou que l’on envisage que chaque pas à faire sous-entende le choix d’une direction à prendre, il est aisé d’admettre que l’existence humaine est mue par des intérêts contradictions et des conflits intérieurs. Alfred de Musset a pu affirmer à ce propos :

« Il est certain qu’il y a dans l’homme deux puissances occultes qui combattent jusqu’à la mort ; l’une clairvoyante et froide, s’attache à la réalité, la calcule, la pèse, et juge le passé ; l’autre a soif de l’avenir et s’élance vers l’inconnu. Quand la passion emporte l’homme, la raison le suit en pleurant et en l’avertissant du danger ; mais dès que l’homme s’est arrêté à la voix de la raison, dès qu’il s’est dit : C’est vrai, je suis un fou ; où allais-je ? la passion lui crie : Et moi, je vais donc mourir ? »4

L’impossible est du moins méritoire dans la mesure où il trace des lignes nouvelles : une première ligne inaccessible, par hypothèse, une frontière jamais franchie ; mais également des lignes qui apparaissent à première vue comme faisant partie de cette frontière infranchissable, tout en s’avérant en pratique pouvoir l’être. L’impossible permet alors l’émergence de nouvelles zones du possible et l’apparition de sa surface. Tendre vers l’impossible, tendre tête baissée vers l’impossible, en ignorant nos propres limites, permet d’agir toujours au-devant de soi-même, sans se prendre les pieds dans les traits qui paraissent nous quadriller. Donner la première place à l’impossible vise à dévorer le je au profit d’un objectif, mais également d’un nouveau lieu où les bornes du possible s’estompent, un lieu où rien n’est assuré, où les identités aussi bien que les subjectivités deviennent accessoires, et où la réalisation effective de nos actions n’est pas déterminée à l’avance. Cet impossible pourra revêtir l’apparence d’uns possibles : œuvres totales aux formes nouvelles, mais également œuvres partant d’une position d’extrême modestie, minoritaire, extrêmement perméable à l’autre, qui ne sont pas les plus aisées à tenir. Quelles que soient les formes qui nous paraissent les plus hautes, les plus inaccessibles, les plus désirables, n’ayons pas peur des projets, aussi démesurés et ambitieux qu’ils se présentent. Car la frontière entre nos capacités réelles et nos espoirs fous ne peut pas être connue à l’avance. L’action seule nous la révèlera.

1. C. Delaume, J’habite dans la télévision, Verticales, 2006.
2. C. Lispector, Un apprentissage ou le livre des plaisirs (1969), Des Femmes, 1992.
3. Histoire de l’érotisme.
4. Alfred de Musset, La confession d’un enfant du siècle.

C'est là, dans les vases
Dominique Quélen

c’est là, dans les vases. La pierre s’ouvre, un mouvement confus, un trafic. À chaque œil la moitié du monde visible. Où le pied manque (absence, écart trop important des yeux, sol gorgé d’eau), que peuvent un bras, un désir, un relâchement de l’attention ? Éloge de tout. Poids des mains hors de toute poche. Arrivée des sentiments dans la voix. Examen des selles et des urines : très pures. Don du sang, parking privé

 

porteur du message incertain : c’est du papier. Le tenant, la moisissure au creux des mains, avec un sentiment de fuite et d’oubli. À l’opposé du contentement de soi. Le cœur vidé, l’herbe, l’arbre cousus ensemble, toutes les proportions ramenées à rien, le début du ciel à une ligne bleue qui serpente. (Presse le pas sans les vertus d’un corps : ailleurs circule un sang plus clair. Ailleurs sont recueillies les données des sens

 

l’homme au bras perdu derrière un sac. Dans le sac, cousu à l’envers et divisé par commodité en zones, le surpoids du corps. Le corps dans l’eau et dans le corps des collections liquides. Le dos des mains tourné en avant pour nager. La chair attendrie, la peau piquetée, l’œil voyant des trous effrayants de proportions dans le paysage, des obstacles où il faut être deux, des exemples de ponts au-dessus d’une eau très pure, idéale, reliant tous les points à la fois

 

crâne, le poing mou en éponge. Mais sec, maigre, vif – une lame. L’autre coiffé à l’envers, doigt coupé (deuxième phalange). Lisbonne, rue aux têtes. L’affaire se vide : un bras lancé, un tour de phrase antique, un pied hors de son mouvement naturel. Chacun tantôt sur les pavés noirs et blancs. Deux grains de poivre. Pain perdu, jaune moelleux des gâteaux dans les vitrines. Un chien pelé s’étonne

 

parois de graisse, de peau. Pièces posées sur des meubles ou dans des voitures. Leur situation respective les éclaire et nous instruit. Ainsi, par un effet de symétrie calculé, à chaque épaule irait un bras : théorie moderne des corps. Mais la chanson de la beauté se dévide (« Approche, garçon chauve, approche / Voici des cheveux / Ne va pas trop avant dans le bois ni la connaissance… »). On apprend que les oiseaux du début sont des volailles au cœur sombre, à la chair délicate

 

poche aux trois qualités : définitive, ne se retrousse, ne s’éventre, se vide en elle-même. Ni cousue ni rien, mais tordue. Torsion subtile. Œuvre d’un tordeur de métier (un autre vous l’aurait salopée par un trou, une usure, un défaut dans l’arrondi). En deux temps pour la finition, tordre puis répartir sur les bords d’un geste-sonde qui soit aussi geste-éponge ou repli. Pensée pesée, avec et sans objet, indifféremment

Le présent (un extrait)
Arno Calleja

il y a une chose et c’est une chose que je te dis maintenant alors c’est une chose que je mets dans le texte, c’est que monsieur dans le texte on est toujours deux, le bourge et le prole sont deux gens dans le texte, le prole fait l’écrit et le bourge il lit, le prole fait la criture il vit de chômage, le prole n’est plus à l’impulsion d’usine mais dans le chômage est son temps maintenant, temps d’inaction de vie de salaire pour un vide d’impulsion laissée devant, et dans le temps le prole criture comme ça et le bourge n’écrit pas que le bourge dans son temps fait lecture des choses sans travail de salaire, l’argent du prole n’est pas encore là qu’en vérité l’argent du prole ne sera jamais là que voilà la différence du point aveugle de la lecture c’est que le bourge actionne la différence dans la criture que le prole se charrie

le bourge dort tout le jour et la criture me vient au réveil de nuit la tête ne m’y est pas encore et criture vient dans le collé des yeux vient dans l’encotonné d’la bouche criture vient dans l’étroitesse du gosier, les doigts sont repliés mais on ouvre c’est le matin on ouvre et ça vient c’est le matin on masse la membrane et les vibrations viennent il faut masser encore et on masse la membrane et je masse la membrane de madame criture et s’ouvre la membrane s’ouvre et se déplie et vibre c’est la vibrure de dame criture,
qu’on le veuille ou pas écrire c’est quitter sa classe mais je veux pas veux pas que ma criture me fasse quitter ma classe de prole et qu’au contraire je veux que criture me creuse toujours plus la prole je veux pas tomber à côté pas tomber à côté de mon creuser mais pile dedans, je veux pile tomber en mon languer d’prole

l’autre c’est le bourge l’autre c’est celui qui ne comprend pas ce que je ne veux rien dire

et je ne suis pas celle qui dit je suis la chose dite et je marche le long de la phrase me promène comme ça je marche dans le sens et je marche dans les orties et je me roule dans les orties et je me promène dans ta tête et me roule en toi et je te fais parler que c’est toi qui parle et pas moi ne suis pas celle qui dit mais la chose je suis la chose dite et je passe comme ça je marche dans la phrase

je sais pas lire qu’alors j’ai le temps pour faire les choses et je fais les choses que je veux, toute seule pendant du temps que les autres sont assis ils sont obligés d’être assis avec les livres ils sont assis avec les livres ils ont pas choisi d’être avec les livres dans les mains, assis dans les chaises avec la lumière, je veux dire la lumière du néon, et moi je suis dehors toute seule avec le lézard, je coupe la queue je suis toute seule dehors avec le lézard et la queue coupée et je reste là je reste comme ça et des fois dans le gravier avec le doigt je trace, je trace comme si j’écrivais et pas des histoires mais comme ça juste des mots, je fais comme si parce que je sais qu’avec criture c’est pas obligé de savoir pour faire et alors je criture dans le gravier, la queue de lézard posée est une virgule,

je suis pas particulièrement quelqu’un que ça m’intéresse pas je suis pas particulièrement quelqu’un qui croit des choses, je crois rien sur moi, je suis une fille comme d’autres sont des garçons avec un zob je suis une fille avec un zob dedans qui parle, un zob parlant est un totem, freud avait un vagin denté, il n’avait que ça à la bouche, freud avait un vagin denté et un anus-guillotine, pour bien sectionner ses étrons-péniens, je sais léchose parce que je sais très bien ce que je dis, je m’appelle nora je suis dans mon cahier merci de me rappeler, je sais ce que j’ai et Freud ce que j’ai il ne le savait pas, c’est pourquoi du début à la fin il est resté autrichien, un autrichien c’est quelqu’un de bien, et moi je suis pas très bien quelqu’un, moi n’ai qu’une bite trouée dedans n’ai qu’un trou bité qu’arrive jamais a se refermer, la parole vient de l’incautérisable, toujours ouverte je suis pas particulièrement quelqu’un je suis fermée à rien c’est pourquoi être quelqu’un ne m’intéresse pas,

je sors que c’est de moi que je sors dans l’alcool je sens la sortie d’moi et me laisse vide derrière, sortie de moi depuis mes mots qui sont mes mots vides rotés vers la sortie avec les images qui sont les images vides de mes yeux sortent et regardent ce que j’écris là, tu vois, ce que j’écris là au présent je le sens dans le regard qui me sort à l’écrit je le sens il me sort

je tiens pas à ce que je dis monsieur, c’est que personne n’est quelqu’un qui parle qu’écoute toumonde qui tient pas à ce que je dis, monsieur, c’est moi qu’écoute toumonde et le répète mais sans rien croire de ce que je dis monsieur, que je crois rien, et personne n’a de bouche pour voir dans la langue si j’y suis docteur, cul par dessus tête chatte renversée au ciel je vois dans la langue par la chatte que toumonde qu’est dans la langue y baigne y macère à plus savoir quoi dire, ici, dans la même matière d’énergie où toumonde s’énergise à la macère où s’matière la niaque des bouches qui sexent pour qu’s’énergisent des corps qu’ont toumonde au lieu de leur être, docteur, i zont des corps que personne macère à même matière que toumonde dans son parler séparé que c’est moi qui sépare les corps au moment de l’union pour que personne ne voit le grand piston d’énergie niaquer le tube au milieu de la parole d’énergie que je criture en matière de corps, docteur, pour toumonde, docteur, pour que de toumonde qui parle personne s’écoute s’élargir à fond dans la matière d’toumonde que je parle, docteur, que toumonde se complaît à s’élargir à l’énergique matière que je dis en criture d’ici, en texte dans le français, ici, je le sens que ya du monde au fond du parler mais personne pour élargir l’élastique matière où je macère, parlant, depuis un peu trop longtemps, docteur,

je ne me prends pas pour mon moi autrement qu’aliénée à la chose de sexe paroxystique en montée de criture

je fais un texte simple et c’est simple c’est le texte qui parle avance parle de ce qu’il veut le texte est son envie c’est avec l’envie qui pousse sa phrase le texte est une phrase qui est simple maintenant on la voit devant elle fait des lignes de texte simple

le livre il m’intéresse pas la composition de l’objet-livre elle m’intéresse pas je fais du texte que le texte lui j’aime i m’intéresse, son commencement et sa fin et entre les deux son maintenant m’interessent docteur, le texte ne dit rien il dit que son temps, existe en son bloc de temps le texte n’existe pas dans le dire docteur, l’autre est toujours un docteur, une durée de temps vécu est un texte et un gen vit et sent il est plongé dans un bain de temps c’est un texte, un enfant joue avec un chat le tord et le fouille il en sort griffé c’est un texte, je fais le ménage dans la chambre la radio est ouverte légen parlent je reçois un fond abruti de phonèmes et de boucan d’aspirateur et de bouffée d’mon inconscient sans interlocuteur c’est un texte, il y a des textes partout et ils font ce qu’ils veulent et ils sont pas lus qu’un texte n’ayant rien à dire n’est pas fait pour être lu monsieur, un texte c’est le temps qui nous vient nous saisit d’une danse d’incompréhension et je danse dans la chambre avec l’aspirateur quand ça serre dedans ça saisit ça m’intéresse dis-je au docteur, le texte vient touletan avec toumonde dedans que personne n’ a besoin de savoir criturer pour faire le texte

et ton livre docteur il existe pas le livre c’est le texte de maintenant et c’est tout c’est rien d’autre que maintenant docteur n’est pas le temps de la vie que le texte a son temps à lui, propre son temps propre le texte s’écoule dans l’être du temps il s’écoule d’une manière étrange d’un étrange singulier propre à lui docteur le texte c’est maintenant te dis-je, et tu peux faire le texte maintenant docteur tu peux rentrer dans le temps du texte, depuis un certain état, depuis une certaine danse, une certaine gestuelle vrac, que le temps part dans plusieurs sens à la fois mais maintenant tu peux faire quelque chose du temps du texte docteur dis-je au docteur,

et tu t’abandonnes mais tu n’es pas satisfait alors tu t’abandonnes encore et tu prends de l’alcool et les médicaments tu prends les médicaments et tu te fais nu et tu t’enroules dans la couverture et tu es nu tu t’abandonnes mais tu n’es pas satisfait docteur que ça ne vient pas et que tu n’as pas encore ratiboisé en toi le mouvement de penser alors tu t’abandonnes et tu roules la drogue et fumes la drogue mais tu t’abandonnes pas et il y a un grand nœud dedans qui fait lien entre l’abandon et l’insatisfaction et le lien ne t’abandonne pas et tu as encore un couvercle et tu es encore dans l’histoire elle ne t’abandonne pas l’histoire elle te prend dans ses mains l’histoire et te pose dans son terrain et tu ne glisses plus du terrain tu voudrais mais ne glisses plus du terrain et tu restes là alors tu es insatisfait et tu regardes autour et tu n’y arrives pas alors les yeux se ferment et dedans tu regardes et tu restes et vois des choses encore et tu es insatisfait puis tu remplis dedans l’air tu respires de l’air que tu compresses à ta mesure dedans et tu compresses l’air à la mesure de ton insatisfaction tu respires de l’air et du vide compressé entre chaque respiration et tu respires comme ça et tu t’abandonnes pas et tu prends ton zob tu le prends dans la main et tu le touches tu le masses tu le montes et tu masses ton zob et tu es satisfait

je vis dans une chambre qui n’est pas ma chambre mais qui est une chambre des hôpitaux et je te dis comment c’est, une chambre d’un hôpital qui n’est pas mon hôpital et je te dis comment c’est, ne pas écrire c’est ne pas écrire dans la chambre, ne pas écrire pendant 1 an, et ne pas écrire pendant 5 ans c’est rester comme ça sans rien faire je veux dire rien écrire, faire des promenades et faire de la cuisine et faire de la conversation et dormir beaucoup dormir mais pas faire criture non aucune aucune, et rester comme ça au sec à la rétention, à la mutique comme ça rien laisser paraître rien laisser sortir tout retenir comme ça, les lèvres serrées aller travailler au matin aller aux poireaux aller livrer la marchandise aller au bureau à la caf s’offrir à la médecine aller faire la vie faire la formule comme ça, tu vois, et pas faire la ligne non pas tracer criture, rien pendant 1 an et pendant 4 ans rien pendant 5 ans et un jour on se rend compte de chose un jour on se rend compte ça fait 5 ans que j’ai tenu comme ça sans faire criture, au vide à la mutique des années comme ça au vide mais qui n’était pas le vide monsieur qui n’était pas le vrai vide de criture non, je veux dire il y avait des choses, d’autres choses à devoir faire qui remplissait le vide, lui qui n’était pas le vrai vide de criture mais le faux, lui c’était le faux tu vois, lui n’était pas le vide qui remplit les choses de criture mais le faux vide des choses des jours, et c’était la vie comme ça c’était les gestes sans soi, de touléjour avec les choses gestées sans soi, c’était du faire monsieur c’était le coq à l’âne du faire, c’était le coq qui suit son cours et entraîne l’âne batté des jours c’était le vide tout plein monsieur avec les gestes et dans la bouche la pensée obstruée par le tout plein des gestes, des gestes dans le travail du salariat, et le sexe monsieur le sexe qui tapait, c’était la besogne du sexe qui bourre i fallait bourrer le trou, fallait faire danser son mulet dans l’trou des jours, c’était sans question c’était touléjour et encore jourd’hui c’est tout le jour c’est le loyer, c’est se lever du lit et sortir au loyer, gagner le loyer avoir et tenir le paiement rémunéré du loyer le tenir et pas le lâcher, et sans criture, que si ya criture ça lâche sauf que là faut pas lâcher le pet du déroulé des jours, sinon trop tard, que c’est le déroulé des jours qui nous criture monsieur qu’on n’a plus rien demandé plus eu la force de demander, 5 ans qu’on est dépossédé de demander que d’agir la demande c’est trop dur quand c’est le déroulé des jours qui nous criture

et maintenant dans la vie sociale tu es morte me dit le loyer qu’il n’y a qu’en criturant que tu peux prétendre au vivant, criturer c’est dire ta vivante me dis-je, tu fais sortir ton vivant et il se dit comme ça dans la simplicité de la criture le cahier sur les genoux dans la chambre où vivre c’est être dans le mouvement de dire vivre c’est se faire naître touletan tu pousses et te pousses au trou d’sortie que la sortie de toi est l’entrée en criture tu le sens te dis-je nora, criturer c’est subir la poussée de subir le parler, on naît pas qu’une fois mais plein de fois que ya les morceaux à faire naître qui naissent pas en même temps non monsieur docteur te dis-je, non i faut parler haché pour dire les morceaux d’soi à sortir, en plein de fois, tu te pousses que c’est pour ça que la poésie de l’acte parlant en criture est simplifiée le plus qu’on peut pour être la sortie d’soi elle-même, crituriser c’est simplement sortir du trou d’soi monsieur en s’identifiant à l’acte de naître qui est de naître en langue et de péter son naître en ligne monsieur, de lignes de texte que ya rien de plus simple qu’une ligne de texte c’est tout droit

naître au simple qu’est un fluide de fluidité de prose quand la prose est un écoulement de ce qui coule, mois par mois, le parlant s’écoule droit devant moi qui suis dans la chambre comme ça vient, vient le dit d’un fonctionnement prosaïque que prosaïque est la machine de prose c’est une machine aux rouages liquides, embranchés directement aux cerveaux et les cerveaux sont irrigués que des pistons irriguent régulièrement les cerveaux aussi les cerveaux baignent constamment dans un jus de prose, un jus de prose est d’une texture régulière que c’est la régularité qui donne sa fluidité à la prose, les pistons pistonnent en toute régularité et les têtes baignent de prose que les têtes tendent à la régularité lorsqu’elles parlent en prose,

prose est la machine liquide de ta bouche docteur, une machine qui fonctionne est prosaïque, un liquide qui coule est d’un prosaïque désarmant, une machine est le contraire d’une arme la liquidité qui traverse la machine garantit la non-violence quand le liquide coule la parole parle et la parole est une garantie de non-violence, la parole n’est pas machinique c’est le texte le texte de prose qui est une machine et criture est une machine de déraillement mais la parole remet vite sur les rails, la parole est un déraillement de la parole et seul le déraillement garantie la fluidité que si la fluidité circule dans la bouche la pensée garde son déraillement propre où criture est le déraillement propre à la pensée qui parle dans ce qui ne sait pas fonctionner, docteur, criture ne sait pas parler fonctionnellement que c’est de là que vient la pensée, une machine qui fonctionne ne produit pas de pensée mais une machine qui déraille produit un supplément de jus qui est un fluide de fluidité de prose par où coule la pensée

je t’enseigne docteur un stade de la machine que tu ne connais pas de ne pas pouvoir le connaître mais tu m’entends dans les choses et alors tu reconnais que la pensée est une belle énergie et qu’elle est dans tes mains tu ne te savais pas une tige et tu tapes la tige par terre et tu tapes la tige est un zob sur des cailloux et c’est ton zob ça fait vibrer la tige dans tes mains et dans tes bras monte une belle énergie ça je le vois c’est bien de l’énergie je le vois que tu fais l’énergie avec ta tige en marchant tu vas chercher l’énergie sur des cailloux et tu te déplaces en marchant tu cherches l’énergie sur des arbres et tu tapes sur des voitures tu tapes sur des têtes tu tapes sur des têtes de gens mécontents tu tapes pour faire vibrer et tapes pour faire monter l’énergie depuis ta tige tu veux absorber l’énergie des choses et des êtres et tu veux absorber l’énergie des êtres en tapant dessus et l’énergie de tes bras monte à ta tête et ta tête peut penser ma parole et tu peux parler l’énergie me dis-tu et c’est bien, et tu peux parler l’énergie et tu parles pour elle me dis-tu docteur et l’énergie des paroles est une belle énergie utilsable, t’entends, et ta tête utilise une grande quantité d’énergie pour penser que penser n’est pas comprendre mais une consumation de pensées une combustion qui n’en a que foutre de comprendre docteur tu tapes encore dessus pour ranimer ta tête lui faire monter encore l’énergie taper le zob et faire monter faire vibrer l’énergie tournoie c’est une spirale et plus le zob tape plus la spirale tourne que la spirale turbine de l’énergie de zob pour la tête dégen pour la pensée on tape les cailloux on tape les arbres c’est pour la pensée tape les voitures pour avancer dans la pensée qui avance dans la baston d’énergie dans une bonne et belle baston qui est là dans tes mains vibre de ton zob de belles vibrations utiles pour toi utile pour la pensée

et je suis faite moi aussi docteur je suis faite avec de la pensée dedans qu’à un moment donné ça arrive à toumonde d’être fait de ça qui circule la pensée se rend compte de chose et ce n’est pas un hasard non ce n’est pas un hasard si la pensée est une vitesse qui circule pas un hasard si ça ne commence pas ne finit pas un hasard que la pensée soit au milieu plus grande vitesse au milieu c’est là qu’on est

où je suis est ce que j’ai, je le parle et je le bois monsieur je bois la pensée qui me circule dedans et les animaux ne boivent pas d’alcool tu vois, c’est pourquoi ils ne pensent pas comme nous les animaux n’ont pas accès à la boisson c’est pourquoi les animaux ne font jamais le point sur la situation que moi oui je pointe mon lieu de circulation dans mon corps où circule la pensée, au milieu docteur,

que la pensée circule et ma bouche la draine elle la boit sans la filtrer s’il vous plait je me bois la pensée que je sais ce que je dis qu’à tout moment je sais ce qui est dit à un moment donné ça arrive à toumonde de se rendre compte que la seule beauté est de boire

je sais ce que je dis parce que je bois le parler et qu’en plus je m’écoute dis-je au docteur, j’ai toujours eu un bon retour et je ne fais jamais rien contre mon gré je ne parle que quand je bois la pensée vient elle ouvre ses vannes la nuit c’est mes yeux je vois et ça que je vois je le dis

et je dis les mots qui passent et c’est les mots de la pensée et tous je les dis sans distinction qu’aucun mot n’a sa couleur docteur, ils viennent d’une seule coulée et je dis franco toute la coulure d’un coup que je connais pas les distinctions et qu’à un moment donné ça arrive à toumonde qu’on reconnaît plus rien ni les particularités ni les distinctions

et je le fais volontiers je suis pas du genre torturée j’ai la bonne nature posée volontiers quand je parle c’est d’un bout et dans le corps d’un coup sec ne me mortifie pas je suis debout suis archique et quand je bouge c’est d’un geste je bois d’un cul et ça descend d’un coup que je vis une bonne fois pour toute et que quand je serais morte docteur on parlera plus de moi comme un seul homme, le soleil est le même avant qu’après et serais la même vivante que morte que la pensée continuera de me passer c’est obligé sans plus parler la pensée continue c’est obligé toumonde i sait ça
et maintenant je vis et ce qui passe je le dis d’un même mouvement décidé buté et jamais contrecarré que je me touche par exemple quand je me touche c’est tout de suite là où i faut et tu fais pas de détour qu’avant tu faisais des détours et ça t’a mené à des égarements très très loin mais maintenant je me dirige avec ce dedans je sens de pensée, t’entends,

que des fois ya des choses ça vient et c’est les choses, elles viennent, et je suis plus toute seule quand des fois ya des choses qui me font dire et alors tu dis les choses et des fois aussi il y a des choses qui me font faire l’action et c’est l’action étrange la nuit dans les endroits avec légen et le matin je me rappelle des choses mais c’est rien, parce que je me rappelle plus de rien, et aussi des fois ya des choses qui viennent et qui me font pleurer et alors je pleure les choses, et je me demande pas pourquoi, que quelque part je sais très bien que j’ai rien à décider pourquoi et que les choses elles viennent et je les reçois et même des fois je les prends, avec moi, et ça avec quoi je les prends j’ai pas à me le demander

qu’elles me viennent mais pas en chair plutôt en voix qu’alors dedans j’entends dire des choses de quelqu’en voix et c’est quelqu’un qui dit les choses dans un langage de poésie sans s’arrêter c’est un parler plutôt qu’une voix qui dit ma phrase de poésie, t’entends, qu’est poésie continue avec les mots simples qui sont vraiment simples comme là

plus rien ne me tient que l’élan vers ce que je dirais la bascule du maintenant je suis ça qu’on sent qu’on entend dans la pulse du présent qui circuite la parole où les globules bouillonnent et me font être dis-je, parler me tient au jus et me tend vers ce que je serais tension d’entre le jet et le jeté pas encore visé, plus tard je m’enfante d’un jet de cyprine en gangue flottant dans la langue, et vise juste, j’ai pas parole mais qu’une jupe rouge et un souffle en déguerpie d’vent qui me part le moi sans mot pour me dire tu pars au mutisme vers ce qui sera après la parole et pour le moment tu es là tu tiens droit dis-je