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Action restreinte n° 4, (trans)fusions des genres
2nd semestre 2004

 

couv

 

Sommaire

01 Édito, Mathias Lavin
02 Ouverture, Aurélie Soulatges & Isabelle Zribi
07 Elle, Andrée Barret
11 Tiresias dans le Tennessee, Philippe Forest
17 Art brutal, dernier bastion de la culture, Miguel Amate
28 L’insaisissable qui me touche, Akiko Ueda
34 Hermaphrodite, Sieur Mertrud
38 Hermaphrodite, mon cul !, Patrick Cardon
41 La figure de ce monde passe, Mathias Lavin
46 Quatrième sexe, Nathalie Gassel
54 Sonnets (Memento Mori), Bruce Andrews (trad. Martin Richet)
56 Sois une femme et tais-toi !, Virginie Lalucq & Isabelle Zribi
73 Comme quoi, Dominique Quélen
81 Chiffons androgynes en mouvement, Aurélie Soulatges
88 Élégie hé, Philippe Beck
90 L’huître est androgyne et non hermaphrodite, Dr Gressy
92 L’ombre du paysage, Monia Ma
96 Liens
99 Ont participé à ce numéro

 

Ouverture
Aurélie Soulatges & Isabelle Zribi

Le genre est une notion. Le genre sexuel et le genre littéraire/artistique sont toujours traités séparément. Du côté des genres de l’art/littérature, utilisés le plus souvent au pluriel (les genres) ou accompagnés d’un pronom indéfini singulier (un genre), des études critiques littéraires s’interrogent sur la définition du genre et de la forme. Parallèlement, les médias, les éditeurs et les critiques utilisent une pyramide des genres de la littérature et de l’art, sans jamais se poser de question esthétique ou politique. Les genres sont cloisonnés, définis, circonscrits. Un polar ne sera jamais une expo, ni un roman une nature morte, une marine, un opéra ou un pamphlet. Un texte littéraire doit être labélisé « poème » ou « roman ». Parmi les genres esthétiques, l’hybride est mal reçu. Du côté du genre sexuel, généralement utilisé au singulier et accompagné du pronom défini (le genre), certains auteurs de sciences humaines – Gilles Deleuze, Monique Wittig, Judith Butler, Michel Foucault, Marie-Hélène Bourcier, Didier Éribon, etc. –, tout comme les lesbiennes radicales des années 1970 (dont les archives demeurent à écrire), en font une approche critique. À première vue à contre-courant des mouvements abolitionnistes du genre (et du sexe), la théorie queer propose d’en inventer de nouveaux et d’en faire un trait identifiant éphémère, flexible, et choisi.

Faire le pari que la notion de genre peut s’appliquer pareillement à l’art, à la littérature, et au genre sexuel, vise à réconcilier l’art et la vie, le sexe et la parole. Que les androgynes, goins, pédées, butchs, fems et folasses de tous poils pénètrent l’art pour engendrer des genres hybrides, poèmes didactiques, cinétracts, photopoupées, poèmesromans ou journauxpoèmes, dessins en prose,… ! Il s’agit de faire du queer appliqué dans l’art ou la littérature, de créer des profusions de genres : d’opérer des « (trans)fusions des genres ». La parenthèse concrétise l’éphémère, la face cachée, l’aspect parfois accessoire ou ludique des attributs de genres, mais également le passage, le déplacement.

Le genre, classificateur, suppose des rapports de domination : la femme, quoi qu’on en dise, est toujours perçue comme naturellement inférieure à l’homme, et se retrouve socialement désavantagée ; le livre érotique, le polar, la pop, etc. sont également perçus comme des genres mineurs1. Un texte classé « poétique » ne se vendra pas aussi bien qu’un « roman ». Cette classification n’est pas la même selon que le point de vue est commercial ou kulturel.
La folie des classifications et des hiérarchies établit encore des sous-genres inférieurs. Ainsi, la folle (la tantouze) ou la camioneuse (la butch) sont censées se situer encore au-dessous du genre minoritaire féminin, tout comme le livre érotique ou celui de SF sont placés sous le polar, qui a pris du grade ces dernières décennies.
La transgression du genre et de l’économie dominante des genres, sexuels ou artistiques, bouleverse l’ordre social. L’ordre binaire qui sépare les genres sexuels vient renforcer l’ordre moral : le vouvoiement italien, Lei, est identique au pronom féminin, elle, et fut pour cette raison supprimé en Italie sous le régime fasciste de Mussolini. Si on touche un cheveu du genre, c’est une pyramide entière qui s’effondre.

L’ordre sexuel est imparable et martèle la société de sa musique lourde et efficace, en clamant que le genre est naturel. Le cloisonnement des genres est intimement lié au concept de nature. Ceux qui tentent par tous les moyens de prouver qu’un ordre des genres existe partent toujours de ce principe et postulent qu’un genre obéit à des lois strictes qui lui sont naturelles. Tellement naturelles d’ailleurs que les hermaphrodites2 ont, des siècles durant et aujourd’hui encore, subi contre leur gré les pires mutilations chirurgicales pour « retrouver » leur prétendue nature, et perdre, dans le même temps, l’usage et la jouissance de leurs organes sexuels de naissance. Quant aux hermaphrodites de l’art, ils ont encore peine à se faire entendre, et il faudra couper quelque chose ou leur ajouter un appendice pour qu’ils entrent de force dans les catégories commerciales de roman, poésie, essai, art plastique ou littérature… La nature du genre est tellement exagérée qu’elle en devient surnaturelle. Très éloigné de la nature, le genre est bel et bien une création sociale, servant d’alibi à un discours idéologique.

La société semble peu prête à l’éclatement des genres. C’est très perceptible dans le genre sexuel. Pourtant, on aurait pu croire que le développement de la théorie queer des années 1990 et la médiatisation (modérée) de l’éjaculation féminine, longtemps considérée comme une incontinence, auraient pu l’ébranler un peu. L’éjaculation féminine est souvent montrée comme une anomalie, un phénomène spectaculaire, parce qu’elle remet en cause sa propriété strictement masculine, elle-même liée au pouvoir, attribut placé du côté masculin. Éjaculer pour une femme revient à prendre le pouvoir, celui de jouir et de reprendre possession de son corps, de ne plus être objet – de désir – mais sujet. Elle se décharge et se vide. Les sexes masculin et féminin qui, biologiquement parlant, ne sont pas si différents, continuent à être représentés par des symboles délirants3 illustrant et renforçant cette différence. Chaussures de sport, rasoirs pour les femmes, crèmes de soin, fond de teint pour les hommes. Si on écoutait la publicité, chaque organe serait doté d’un sexe mâle ou femelle auquel correspondrait un produit spécifique. La société de consommation et l’ordre sexuel majoritaire coupent les êtres en morceaux et font de chaques organes des accessoires séparables du reste du corps, ne laissant à ce dernier qu’une guêpière de fantôme.

Inventer de nouveaux genres pour mieux les croiser, les fissurer, créer des potentialités, des marges, permet d’abolir la binarité homme/femme, les catégories trop strictes entre roman, théâtre, pornographie, jouet, danse, poésie, vidéo, peinture, essai, performance, récit érotique, installation, polar, photo, chirurgie, musique, SF, cinéma, etc. Couper, coudre, inciser, implanter, retourner, retoucher, greffer sont autant de possibilités d’en découdre avec le cloisonnement des genres et les multiplier à l’infini.

1. Léonard de Vinci argumentait ainsi que la peinture était supérieure à la sculpture en avançant que le sculpteur était sale, suant et couvert de poussières, tandis que le peintre, assis confortablement sur sa chaise, choisissait délicatement ses couleurs sur sa palette.
2. Notons que dans les religions admettant la circoncision ou l’excision, une lecture possible est qu’il s’agit de couper le vagin de l’homme (prépuce) et la bite de la femme (clitoris), ce qui laisserait penser que nous sommes tous des hermaphrodites à la naissance.
3. Ainsi, le pénis est comparé à un couteau ou à diverses armes à feu – symboles de puissance destructrice – tandis le sexe féminin se réduit à un trou noir et mystérieux, une blessure, une bouche édentée, quand ce n’est pas uniquement à quelques poils (la fameuse « touffe »).

Elle
Andrée Barret

Et en vérité tout… venant de nous… le principe même de notre existence… paraissait lui être nuisible, en restant cependant chargé de lui donner une improbable satisfaction. Il y avait hiatus entre l’importance de ce qu’elle disait avoir donné et notre façon de l’utiliser, notre emploi du temps, etc., forcément traîtres – Ainsi, pendant sa maladie (pour ne reprendre que ses toutes dernières… implicites… mais combien brûlantes… lamentations), au lieu de, jour et nuit, à chaque fois que c’était possible, être là de nouveau, à remplir le vide qui s’élargissait… se matérialisait, même… sous la forme de cette dévoration de son bas-ventre : qu’est-ce que je faisais ? oui qu’est-ce que je faisais ? à gribouiller… noircir des feuilles… qui de toute façon ne rapportent rien… et osant… sous ce prétexte ! pour ça ! prendre sur le temps qu’elle était en droit d’exiger… clouée sur son lit : « Vous me ferez mourir ! » Voilà… on y était.

Oh quelle angoisse / qui me reprend / la nuit / mes filles / loin / ma mère / à qui j’ai fait ce qu’elles me font / cette nostalgie / ma maman mon bébé ooo… – Je me lève… Je vais dans la cuisine… Je fais chauffer le lait… Je mets un peu de miel dans le bol blanc encore froid… Je mêle le tout, jusqu’à ravoir cette rondeur tiède entre les mains… Je bois… Je suis bue… – Oh, dormir… et nous retrouver… Non ! Saloperie ! m’arracher ! sortir ! « Une nuit… » non. Je vais chercher le livre : « Une fois / par un minuit lugubre / tandis que je m’appesantissais / faible et fatigué / sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié »… Et c’est là : « Jamais plus ! »… Jamais plus : c’est clair ?

« Je suis / ce que je tue »… u, e… peut-être u, s : ainsi fut résumé le champ de bataille dans une formule que me livra un jour à l’aube ce que j’appelle « la voix sachante »… mais à quel prix ! Je sortais d’un rêve, les optimistes diraient d’un cauchemar, où je l’avais vue, « elle »… je ne savais quelle elle : moi, à en croire ma défaillance ? mais aussi elle : la morte… ou elle en moi… moi en elle… en tout cas je l’avais vue… dépecée ! Et, circonstance qui fut pour beaucoup dans mon épouvante, sans rien éprouver d’autre, au début, qu’une émotion d’ordre artistique à la vue des morceaux comme suspendus par des fils invisibles… formant une sorte de cage de chair de la dimension environ de ma table… et dont les couleurs (cet écarlate)… la lumière (cette brillance des contours sur le fond presque noir)… la répartition des volumes… faisaient d’abord penser à une sculpture hyper réaliste ou à une peinture en trompe-l’œil… horrible… mais qui mettait bien en évidence, pensais-je en m’approchant un peu, la perfection du découpage : aucune trace de ce charcutage qu’aurait provoqué une passion… haine ou amour ou peur… de la part de l’officiant. Une netteté, au contraire. On reconnaissait parfaitement les côtes… les os longs… les parallélépipèdes réguliers taillés dans l’échine…, etc. – Cependant, pas de tête. Et (je voulais toujours en savoir plus) une drôle de lumière… une espèce de résonance trop claire de l’écarlate… Je m’approchais encore un peu… et alors… oh, rien que le souvenir du moment où, à mon réveil, je m’en souvins, me remet dans cet état de défaillance ! je constatais que chaque morceau… était comme ourlé d’une purulence ! ça suintait… rosâtre… poisseux… ce n’était pas mort tout à fait… d’où cette clarté suspecte… cette glu… brillante… qui attirait l’œil ! on avait eu beau découper ça et l’exposer à l’air dans la sécheresse de l’étal : rien ne pouvait faire qu’en chaque fragment ne subsistât la propriété visqueuse et délétère du tout… c’était raté ! – Aussi… à l’oreille… percevait-on… dominant l’harmonie… une mince clameur de plainte qui était… disait la voix… « toute la vérité »… – Et je me réveillai… trempée de la sueur d’un crime impossible !

Oh c’était du guignol, j’avais l’habitude. Je me rendormis, presque sûre de la suite : non exactement du scénario, mais de la tonalité… de culpabilité. Et ça avait continué en effet comme ceci : « pissenlit » ! Voilà ce qu’il fallait entendre ! Son désir était de manger… des pissenlits ! – Et le message se dégageait avec peine d’une sorte d’ébranlement presque imperceptible, mais que je savais extrêmement important, qui se produisait dans un rectangle de terre noire à mes pieds… à peu près de la dimension de ma table. Et j’étais debout… attentive… déchiffrant sa voix d’abord neutre… semblable à celle dont on se sert pour donner de brefs ordres à des auxiliaires au cours d’un travail rituel… mais qui… peu à peu… au fur et à mesure que le sens des mots me parvenait (car j’étais extraordinairement soucieuse d’interpréter au plus vite… voire de prévenir… son désir) commençait à exprimer une sorte de jubilation. Et en effet, la deuxième fois que je le lui fis répéter, elle ricana franchement… devenue impérative… comme si ma peur la fortifiait : elle voulait manger…, etc. Et je devais m’exécuter… et vite ! Or, vu les circonstances, il ne pouvait s’agir que de chercher dans cette terre noire remuée à mes pieds… Je me baissais donc, et presque aussitôt je découvrais, enfoncée profondément, une touffe d’un blanc jaunâtre… blanc des plantes qui poussent à l’abri de la lumière… masse fragile ! Je m’y mettais. Mais le couteau (car voilà que ma main droite venait de s’armer d’un couteau) le couteau glissait… ratait la racine… il faisait froid… je m’acharnais… désastre… feuilles qui se détachent… cassent…. bouillie confuse… – Et bientôt je me retrouvais à genoux… à même la terre collante… où je m’enfonçais en pleurant… Et tout à coup… du cœur encore intact de la touffe que je continuais à tenter d’extirper… je m’apercevais… que suintait… ce même suc rosâtre… poisseux !
L’épouvante, bien sûr, m’avait de nouveau réveillée, et cette fois avait persisté tout le jour et toute la nuit suivante et encore le surlendemain. Il était survenu quelque chose de terrible… de l’ordre de l’auto-interdiction… puisque c’était appelée par moi qu’elle avait essayé de me détourner de ma tâche par cette tactique dix mille fois connue qui consiste… d’abord à me faire croire qu’elle m’accepte… même coupable… même à la limite matricide (voir l’espacement tranquille des morceaux au début de la première séquence… et, au début de la seconde, l’apparent badinage : « je veux (c’est-à-dire je veux bien) manger des pissenlits (sous-entendu par la racine)… je veux bien être morte… » – donc à m’inciter à m’approcher de plus en plus près… elle connaît mon désir… – et alors soudain à me foudroyer…

Quatrième sexe
Nathalie Gassel

J’avais six ans, j’avais fui ma mère et m’étais réfugiée à l’institut où travaillait mon père. Ils étaient divorcés. Ma mère me cherchait avec l’assistance de la police, elle venait me prendre pour m’amener chez un thérapeute. Elle avait avec lui un pacte, me rendre féminine. Créer en moi la féminité psychique et comportementale qui manquait. Ce projet n’était pas le mien. Nous avions en horreur nos objectifs respectifs. Ce qu’elle souhaitait de moi était aux antipodes de ce que je sentais et voulais. Son autorité niait ce qui m’était propre, ma voie. Ma voie ardue, celle qui avait installé mon âme dans un corps à mes yeux tristement féminin, et dont les muscles, l’ossature, la taille allaient naturellement s’écarter de mon idéal corporel viril. Adulte, j’ai pallié par un entraînement sportif continu à cet écart, tant que faire se peut. Je le faisais de façon ambiguë, double, dans un entre-deux, sachant par les vêtements me féminiser pour être tolérée de ma mère (ou sa représentation sociale) ou me viriliser pour me sentir en adéquation avec moi-même, selon les circonstances. S’il me faut me comprendre et m’accepter sous un autre registre que celui de la culpabilité, qui fut l’une de mes réactions, cette expérience nourrit une autre réflexion : un genre qui ne se matérialise pas dans le corps, lui échappe, s’oppose constamment à lui, ouvre sur la question de la conformité. Ne pouvant être semblable à ce qui de l’extérieur se montre, le genre pourrait n’être que factice… Puisque nous n’éprouvons pas le sens d’une adéquation entre l’idée du genre et le sexe réel, peut-être cela n’est-il qu’un aspect limité de nos modes possibles d’existences ? Ce que je suis, dans mon inadéquation, n’est-il pas le signe d’un devenir autre et justifié, de changements ? À supposer que tout puisse exister, les schémas classiques, longtemps éprouvés, laissent place à d’autres expressions du réel. L’espace longtemps occupé par d’anciennes figures permet de se déployer et d’émerger du dedans des systèmes anciens, de nouvelles combinaisons qui les chahutent et leur imposent leur vie divergente. Je considère l’antagonisme entre mon corps et mon genre comme faisant partie d’une conscience qui émerge, aire contemporaine où de nouveaux chants se superposent à ceux qui étaient. Cette remise en question d’un schéma dominant fait paradoxalement partie de la mondialisation qui généralise et banalise les singularités en en multipliant le savoir, en regroupant le minoritaire. Les ambiguïtés de genres sexuels appartiennent à tous les temps, le plus souvent elles avaient peu de légitimité, se trouvant reléguées au rang d’anomalies qu’il fallait supprimer. Avec les nouveautés scientifiques qui rendent possible la transformation des corps et des études pour de meilleurs rendements musculaires sportifs, nous entrons dans des réalisations possibles. C’est un moment-clé où le projet de corps mixtes peut se concrétiser, où les performances commencent à entrer dans les champs visuels courants. Regardons les sportives de haut niveau qui révolutionnent le corps féminin en lui apportant la virilité. Elles font à travers les médias leur chemin dans tous les foyers, dans toutes les familles inconscientes de cette percée du transgenre. Ce nouveau modèle s’inscrit dans le schéma visuel de ceux qui innocemment le contemplent. Les taux hormonaux d’une partie de la population contemporaine sont changés comme jamais ce n’était possible cinquante ans auparavant, cette différence est née de la science actuelle, en ce sens les situations d’ambiguïtés sexuelles ne sont plus celles du passé. Et chahutés, catapultés, les rapports de force physique entre les sexes. Nous ne sommes qu’au début de ces métamorphoses radicales, une femme puissante et virile qui se vide de toute sa substance féminine, devient un concept réalisable. Sans opération, il ne s’agit pas de rendre à la norme des séparations séculaires en renversant, transformant en l’autre sexe, mais de bouleverser ces normes par un entre-deux-genres cumulatif qui possède sa propre harmonie et beauté intrinsèque. On assiste à cette redistribution encore relativement discrète parce que non reconnue mais qui émerge quotidiennement dès que l’on voit nos vedettes sportives de sexe féminin comme de nouveaux idéaux visuels et performatifs.

Dans leurs volumes anatomiques, les muscles ainsi transfigurés de la femme athlète de haut niveau dépassent ceux de la majorité des hommes. La texture de la peau s’épaissit, son efficacité musculaire grandit, sa dureté s’accroît, transforme ce que le téléspectateur peut toucher des yeux, cuisses, biceps, triceps, en autant de membres durs et érigés. Les muscles ainsi gorgés et veineux transfigurent la femme. On ne peut dire que le corps glisse d’un genre vers un autre mais qu’il les cumule. Il est viril tout en restant génétiquement féminin, bien que là aussi il y ait cumul, grâce à l’hypertrophie de l’organe érectile. Ce corps se construit comme un sexe bandé, c’est pour cette raison que le muscle fascine, on ne reste pas indifférent devant l’effort visible des athlètes qui tendent toujours à hypnotiser les foules. érotique ou rébarbatif pour d’autres, des sportives d’un haut niveau émettent ce message vibrant et non dit, de la performance érectile du corps entier, rendue machinale, répétitive, d’où son impact décuplé. Et la présence qui s’impose, d’un troisième (ou quatrième) sexe.